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Louis Mantin

Louis Mantin<em>Portrait à la toque d’Astrakan</em><br />photographie sur plaque céramique

CaveauCaveau

Louis Mantin, une vie

Louis Mantin est né à Moulins le 14 janvier 1851. Après des études primaires à Yzeure, commune limitrophe de Moulins, il achève son enseignement secondaire au collège Sainte-Barbe à Paris puis entre en faculté de droit et obtient sa licence.
Après ses études, il s’oriente vers la carrière d’avocat et s’inscrit au barreau de Paris. On ne sait que peu de choses de son activité professionnelle parisienne sinon que, de 1875 à 1879, il est avocat à la cour d’appel et qu’en 1878, il est secrétaire de contentieux pendant l’Exposition universelle.
Cette carrière lui convient probablement assez peu car dès 1877, il fait une demande, parrainée par les députés de l’Allier, pour entrer dans l’administration préfectorale ; cette demande est satisfaite deux ans plus tard.
A partir de 1879, il fait carrière dans l’administration préfectorale en tant que conseiller d’abord, puis sous-préfet, enfin comme secrétaire général – avec rang de sous-préfet -. Il est nommé dans les départements des Hautes-Alpes, de l’Héraut, de la Nièvre et de la Haute-Vienne. A plusieurs reprises, dans sa correspondance avec des hommes politiques, députés ou sénateurs dont il sollicite le soutien, ou avec ses supérieurs hiérarchiques du ministère de l’Intérieur, il se montre préoccupé par son avancement et, surtout, par une affectation proche de Moulins. En effet, pendant la presque totalité de sa carrière professionnelle, il doit également gérer sa fortune personnelle. En désespoir de cause, il demande une mise en disponibilité pour regagner sa ville natale. Il l’obtient le 21 avril 1893. Le même jour, il est élevé au grade de Chevalier de la Légion d’honneur. Il a, auparavant, reçu deux autres distinctions : les insignes d’officier du Dragon d’Annam et de l’Ordre du Nichan Iftikhar de Tunis.


Louis Mantin, rentier à 42 ans, habite désormais à Moulins et vit en « bourgeois » comme il se définit lui-même dans son testament. Il décide rapidement de se faire construire une villa à son goût et d’y installer ses collections. Ses autres activités nous sont mal connues : il voyage en Europe et s’intéresse au patrimoine bourbonnais. On lui doit quelques articles dans le bulletin de la Société d’Emulation du Bourbonnais, société savante très active, dont il est vice-président de 1902 à 1904.
Malade et n’ayant pas d’héritier, il écrit quelques mois avant sa mort un testament avec des dispositions très précises. Il meurt le 3 octobre 1905, à l’âge de 54 ans. Il est enterré à Moulins dans le caveau familial, une tombe en forme de pyramide en pierre de Volvic.

Louis Mantin en quelques dates

1851 : naissance de Marie Louis Mantin à Moulins
1879 : conseiller de préfecture des Hautes-Alpes
1880 : conseiller de préfecture de l’Hérault et sous-préfet d’Embrun (Hautes-Alpes)
1881 : il hérite de la fortune familiale
1882 : sous-préfet de Cosne-sur-Loire (Nièvre)
1888 : secrétaire général de la préfecture de Haute-Vienne
1893 : mise en disponibilité et fait Chevalier de la Légion d’honneur, il commande à René Moreau les plans d’une villa
1896 : achèvement de sa villa
1902 : vice-président de la Société d’Emulation du Bourbonnais
1905 : il meurt à Moulins

EsmeraldaEsmeralda

BibliothèqueBibliothèque

BibliothèqueBibliothèque

Le double visage de Louis Mantin

Le caractère de Louis Mantin reste bien caché derrière la sécheresse des documents officiels ou le caractère conventionnel de ses éloges funèbres. Aucun écrit personnel, correspondance familiale, journal, notes, n’a été conservé en dehors de son testament.

Les différents rapports de sa hiérarchie durant les 14 années de sa carrière préfectorale indiquent une éducation distinguée, une très grande facilité d’élocution et un jugement sûr. Travailleur, intelligent, sociable, sympathique, tels sont les traits de caractère qui dominent. C’est un homme reconnu pour avoir un esprit républicain, « ne manifestant aucune préférence ou antipathie pour une classe donnée de la société ». Fonctionnaire efficace, mais conciliant et habile, il sait faire preuve de tact et de réserve : ainsi, à Embrun, où il est sous-préfet, « monsieur Mantin, malgré les difficultés de la situation, [a] su acquérir une sérieuse influence dans tout son arrondissement ».

Homme solitaire à la vie mondaine peu prononcée, il ne semble pas avoir été attiré par la construction d’une vie familiale et est demeuré célibataire. Néanmoins, une femme semble avoir compté dans sa vie : Louise-Gabrielle Alaire, native d’Embrun. Chose étonnante pour l’époque, il apparaît que cette femme resta mariée pendant toute la durée de leur relation. Loin d’être une « maîtresse » cachée, il se rend en sa compagnie visiter sa famille proche. Ils vivent leur passion, protégés de toute vie publique, dans la villa de Moulins et dans une propriété bourbonnaise, au Moutier. Sans que cette relation soit appréciée, leur discrétion sauve cette histoire peu commune.

Louis Mantin consacre une grande part de son temps et de sa fortune aux arts. Il apprécie la musique (il a étudié l’harmonie), se rend régulièrement aux grands concerts et aux chants donnés par la maîtrise de la cathédrale de Moulins. Son legs à la cathédrale prouve cet attachement à la musique religieuse.

Il affectionne également la peinture et visite régulièrement les Salons annuels, le musée du Louvre, les grands musées européens. Il fait de longs voyages à Venise, Florence, Rome et Naples.

Sa bibliothèque, composée de près de 1400 ouvrages, permet de cerner ses centres d’intérêt. Quelques ouvrages datent des 17e et 18e siècle, mais la grande majorité est composée d’éditions contemporaines. L’éclectisme de sa demeure se retrouve dans la diversité des ouvrages : socialisme, sciences naturelles, physique moderne, vie rurale ou sciences occultes. La littérature y est toutefois prépondérante avec des classiques comme Rousseau, Châteaubriand, Lamartine, Hugo, Musset, des écrivains « engagés » tels que Zola mais aussi des auteurs plus modestes. Enfin, il y a des journaux, des périodiques – la Revue des Deux Mondes, le Journal des Chasseurs -, des almanachs, des guides de voyage… Une bibliothèque riche, variée, curieuse et somme toute très moderne. L’ensemble est légué à la bibliothèque de l’Ordre des avocats, installé dans le palais de Justice de Moulins, où un « avocat-bibliothécaire » consciencieux inventorie et tamponne soigneusement chacun de ces ouvrages. En 2010, la plupart d’entre eux ont réintégré les belles bibliothèques aux portes grillagées ou sculptées du monogramme du collectionneur, grâce cette fois-ci à un don de l’Ordre des avocats !

Sa qualité de membre et de vice-président de la Société d’Emulation du Bourbonnais le conduit à écrire quelques articles : l’éloge funèbre du peintre orientaliste Marius Perret, deux brefs articles sur des thèmes historiques et deux articles sur des monnaies anciennes découvertes dans la région.

L’attachement à la religion catholique de Louis Mantin est pratiquement certain. Sa fiche de renseignements établie par ses supérieurs hiérarchiques lorsqu’il était sous-préfet d’Embrun indique « appartient à la religion catholique ». Son testament mentionne de nombreuses oeuvres religieuses. Celles-ci sont par ailleurs léguées à la cathédrale de Moulins. A ce legs s’ajoute une somme d’argent destinée à constituer un prix pour stimuler et récompenser les meilleurs chanteurs de la maîtrise de la cathédrale. Mantin comptait
qu’en reconnaissance les chanteurs de la maîtrise voudraient bien « faire entendre quelques uns de [leurs] chants » lors de ses funérailles. Mantin, muni des derniers sacrements de l’Eglise, reçoit des obsèques religieuses à la cathédrale.

Homme sociable et réservé, cultivé et fantasque, célibataire peu préoccupé de bienséance, philanthrope et soucieux de son devenir posthume, Louis Mantin est un exemple de « bourgeois » de province bien établi dans la société de son temps, mais c’est aussi un homme à la personnalité singulièrement libre. Il reste, un siècle après sa mort, particulièrement attachant.

Vierge à l'enfant endormi© <em>Vierge à l’enfant endormi</em> : coll. cathédrale Notre-Dame de Moulins

Gendarmerie© <em>Cartes postales de la Gendarmerie</em> coll. Archives municipales de Moulins

Un testament lourd de conséquences

Louis Mantin partage ses biens entre la Ville de Moulins, la cathédrale Notre-Dame de Moulins et une proche parente. Par ailleurs, certains objets sont donnés expressément à des amis et ses ouvrages rejoignent la bibliothèque de l’Ordre des avocats de Moulins.

Le legs à la fabrique de la cathédrale de Moulins consiste, d’une part, en une somme de 3000 francs pour instaurer « des prix d’encouragement aux meilleurs chanteurs de la maîtrise » afin de « continuer à entretenir dans notre pays les traditions d’art » et, d’autre part, en un ensemble d’oeuvres « ayant un caractère exclusivement religieux ».

Le legs à la Ville de Moulins est le plus conséquent. Il se partage en deux donations. La première est une somme de 30 000 francs destinée à fonder dans l’hospice « deux lits destinés de préférence à des ouvriers ébénistes, menuisiers ou tapissiers, âgés ou infirmes, et ce, en souvenir de [ses] parents qui ont exercé ces divers métiers » et à entretenir à perpétuité son tombeau de famille. La deuxième donation se compose de sa maison « de la place du château avec les jardins y attenant », de la plus grande partie de ses collections
et d’une somme de 50 000 francs pour l’entretien et la garde de sa maison. Mais ce legs est assorti de plusieurs conditions. Sa maison et ses collections doivent être annexées au musée en projet dans le pavillon royal du château des Bourbon, une galerie devant réunir les deux édifices.

« On devra, autant que possible, surtout dans la partie neuve, conserver l’aspect et la distribution actuels de façon à montrer aux visiteurs dans cent ans un spécimen d’habitation d’un bourgeois au 19e siècle. »

Son désir est que sa maison – notamment la « maison neuve » - devienne de fait un musée.

Louis Mantin insiste pour que le pavillon Anne-de-Beaujeu accueille le musée municipal très rapidement : « Si, dans les cinq années qui suivront la date du testament le musée projeté par la ville dans le pavillon Anne-de-Beaujeu n’est pas édifié et inauguré, le présent legs sera caduque ».

Cette clause sera décisive : les deux musées moulinois, l’un, municipal, abrité dans l’Hôtel de Ville, l’autre, départemental mais né de la volonté et des efforts de la Société d’Emulation du Bourbonnais, logé dans les combles du palais de justice, trouvent enfin un lieu à leur mesure qui sera aménagé selon les normes muséographiques de l’époque. Mantin, en tant que vice-président de la Société d’Emulation, s’était impliqué pour aplanir le différend qui existait entre la Ville de Moulins et le Département et pour trouver une solution heureuse à la création d’un musée, unique, moderne et accessible.

Cette clause testamentaire est donc un « stimulant efficace » : la gendarmerie quitte le pavillon Renaissance en 1907, la municipalité emprunte pour faire aboutir rapidement le projet et le musée est inauguré le 5 juin 1910.

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A la recherche de l’éternité

Cet acte philanthropique fort, cette façon de « courtiser les Muses », est également pour Louis Mantin une voie d’accès privilégiée à une certaine immortalité. Son nom est aujourd’hui étroitement associé à une demeure d’exception, une « maison-musée », son cadre de vie est pieusement conservé, son destin sera dévoilé à des milliers de visiteurs. Il entre ainsi dans l’Histoire à laquelle il tenait à associer son nom, tout comme Moïse de Camondo, Edouard André et Nélie Jacquemart dont les demeures sont devenues de grands musées parisiens ou encore Thomas Dobrée à Nantes.

Une belle au bois dormant malgré elle

La maison de Louis Mantin est ouverte au public à partir de 1910, date d’inauguration du musée. Le cocktail a d’ailleurs lieu sur la terrasse de la maison. Mais progressivement les différents conservateurs ferment ou réduisent son accès. La Maison Mantin s’assoupit d’elle-même, se fait discrète, la légende s’installe…